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Fridolin de Säckingen à Glaris : du pèlerin irlandais au saint patron d'un canton suisse

Suisse - Glaris


Figure majeure de la christianisation dans les Alpes, un missionnaire originaire de l'île d'Émeraude a laissé une empreinte durable à Glaris, dont il est devenu le saint patron. Retour sur le parcours singulier de ce moine pèlerin, entre légende, foi et histoire. 

Des rivages irlandais aux plaines rhénanes.

Topographia Alsatiae, Säckingen, de Matthäus Merian en 1663, montrant le Rhin et la ville de Säckingen. (crédits : Martin Zeiller, Wikimedia Commons, Domaine public). 

Tout commence au VIe siècle de notre ère, sur une île éloignée des Alpes. Fils d'une famille de nobles irlandais, Fridolin grandit dans un milieu privilégié. Il appartient à une génération de moines missionnaires amenés à quitter leur terre natale pour accomplir une mission : évangéliser l'Europe continentale.  Ainsi commence pour Fridolin un étonnant voyage qui le conduira de l'Irlande jusqu'aux rives du Rhin.

 

Selon "La vie de Fridolin", biographie rédigée par le moine Balther au Xe siècle, c'est en Gaule qu'il pose d'abord le pied. Guidé par sa foi, le moine itinérant atteint Poitiers, où il fait exhumer les reliques de saint Hilaire, patron de la cité, avant d'y faire édifier une église. Par la suite, Fridolin fait un bien curieux rêve : en songe, Hilaire lui recommande d'ériger un monastère sur une île du Rhin.

 

Le moine quitte alors Poitiers pour se diriger vers l'est. Sur sa route, il fait bâtir plusieurs églises dédiées à Hilaire. À chaque étape, il participe à l'essor du christianisme dans des régions encore imprégnées de paganisme. Quand il atteint le Rhin, il s'établit à Säckingen, aujourd'hui en Allemagne, où il fonde le monastère du même nom, devenant ainsi l'une des figures religieuses les plus marquantes de son temps.  

La légende de Fridolin et Glaris : un don miraculeux

Fridolin de Säckingen accompagné de la dépouille d'Ursus qu'il serait parvenu à ressusciter selon la légende. Maître à l'œillet de Baden, peintre suisse, fin du XVe siècle, exposé au Musée des Beaux-Arts de Dijon. (crédits : Pascal3012, 2014, Wikimedia commons, lien vers licence). 

Établi au bord du Rhin, Fridolin ne semble, a priori, avoir aucun lien avec les Alpes glaronaises. Balther n'écrit pas un mot à ce sujet et il faut attendre le XIIIe siècle pour qu'un ajout tardif au texte vienne relater un fait des plus surprenants. Ce chapitre, intitulé "Sur les miracles de Fridolin" (en latin : De miraculis s. Fridolini), évoque un prodige du moine en Suisse. 

 

Selon ce récit, Fridolin reçut d'un riche propriétaire nommé Ursus des terres dans la vallée de Glaris. Quand ce dernier mourut, Landolf, son frère, contesta ses dernières volontés et refusa de reconnaître la donation. Face à son entêtement, l'affaire fut portée devant un tribunal. Cependant, elle connut un dénouement aussi inattendu que spectaculaire. 

 

En effet, Fridolin serait parvenu à ressusciter Ursus et à le faire sortir de sa tombe afin qu'il témoigne lui-même devant la cour. Livide, Landolf, saisi de terreur et de honte, n'eut d'autre choix que de reconnaître l'accord et de céder à Fridolin les terres promises. Ce miracle est devenu l'un des récits fondateurs de l'identité religieuse glaronaise et explique la place particulière qu'occupe Fridolin dans la mémoire locale. 

L'apôtre de l'Alémanie : entre mythe et réalité

Dès lors, le missionnaire devient le saint patron du canton de Glaris. Sur les armoiries cantonales, Fridolin est représenté en pèlerin, portant une canne et la Bible dans ses mains. Traditionnellement, les œuvres d'art religieux le montrent accompagné d'un squelette, en référence à l'histoire d'Ursus racontée plus haut. 

 

Le récit de la résurrection de ce dernier relève bien sûr du mythe. Mais les historiens le considèrent aujourd'hui comme une construction hagiographique (une histoire idéalisée), destinée à renforcer l'autorité du monastère de Säckingen, dont les possessions dans la vallée de Glaris sont attestées dès le haut Moyen Âge. De nos jours, la paroisse catholique de Glaris, la Fridolinskirche, est dédiée à ce pèlerin, lequel s'éteignit paisiblement vers 540, sa mission accomplie, avant d'être élevé au rang de saint. 

 

Au fil des siècles, la figure de ce missionnaire venu de loin s'est imposée comme un symbole de la christianisation des Alpes. Ses reliques, conservées dans la collégiale de Säckingen, font toujours l'objet de pèlerinages. À Glaris, il est célébré le 6 mars à lors d'une grande fête populaire : le Fridlisfüür. 

Un parcours et un nom inspirants

Un bâton de marche nommé Fridolin.

À l'occasion du 9e anniversaire de mon arrivée en Suisse, permettez moi de vous présenter Fridolin, le compagnon de mes futures randonnées. En acquérant un bâton de pèlerin, je ne cherchais pas seulement à me doter d'un fidèle compagnon de marche, mais aussi à rendre hommage à un homme qui, à l'image de saint Gall, de saint Paul et de tant d'autres, a parcouru de longues distances au gré de sa mission. 

 

Depuis mai 2026, il guide mes pas sur tous les sentiers, des balades les plus paisibles aux randonnées plus exigeantes. Bien plus qu'un simple appui, il est le témoin de mes parcours, de mes découvertes et de tous les paysages que j'ai le grand bonheur de traverser. Puisse-t-il m'accompagner pendant de longues années et sur d'innombrables chemins. 

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